Le chemin de fer au Puy Ste Réparade

Le "BE DE ERE" ( par Raoul VALENCE )

 

A l' occasion de travaux effectués le long de la route qui relie le puy a Meyrargues, les engins ont exhumé des traverses de chemin de fer. Je vois déjà deux questions Chemin de fer?......au Puy ? Et pourquoi ce titre bizarre? Mise en service en I887 une ligne de chemin de fer d' intérêt local et économique reliant Eyguiéres à Meyrargues, passait au Puy; l'exploitation de cette ligne cessa à la libération . Nous avions, nous aussi, notre gare et sur cet emplacement un groupe scolaire a été construit. La ligne traversait la commune d'ouest en est, pénétrant sur notre aire un peu avant Rigaud et la Ferratiére et continuant son chemin .j jusqu'a Meyrargue, village aux trois gares: Celle des chemins de fer des Bouches du Rhône, le P.L.M. et celle des chemins de fer du Var. Il existe au Puy encore un pont qui enjambe ce qui était le canal de Marseille. Le Boulevard de la Coopérative n'est autre que le tracé de la voie ferrée, de même que le chemin qui conduit à la station service. Le train passait à environ vingt mètres derrière la ferme des Bonnauds et longeait ensuite la route jusqu'à son terminus. Le croisement de la route St Canadet - les Crottes avec la route le Puy - Meyrargues tient son nom, la halte de St Canadet, de l'abri pour voyageurs qui avait été construit. Ce n'est pas par hasard que les "hangars de Long" ou d'Artaud'- ceux-ci devenus par la suite les silos Provence Languedoc- furent construits aux emplacements où ils sont. Les négociants locaux avaient bien compris l'utilité de cette ligne de chemin de fer et les fondateurs de la cave coopérative aussi. Je me souviens, et je ne suis pas le seul de l'aiguillage qui permettait (d'amener les wagons-citernes jusqu'à la "coopé", il y avait aussi le quai et son auvent. Souvent des wagons restaient en stationnement, nous allions y jouer, c'étaient ces fameux wagons "hommes 40, chevaux en long 8".Vous vous souvenez?...Certains avaient une espèce de guérite surélevée où I 'on accédait par quelques marches. Il y avait un "fenestron" et un volant pour les freins. Il n' y avait pas encore les 'Westinghouse' Mais ce train était aussi un train de voyageurs. Je me souviens l' avoir emprunté avec ma mère j'avais alors quatre ou cinq ans, pour aller à Alleins où nous avions des cousins. Très tôt le matin et sans doute aussi le soir passait une sorte d'autorail que nous appelions "la motrice" mais mon souvenir est assez vague. C'est bien entendu par le train que les hommes appelés par la mobilisation générale en 1914, gagnèrent leur unité, certains accompagnés par leurs chevaux. Ma mère m'a souvent raconté ces départs. Elle avait 14 ans à la déclaration de guerre et se souvenait parfaitement. Mais lancé dans l'évocation du train je m'aperçois que je n'ai pas répondu à la seconde question: Pourquoi ce titre? Tout simplement parce que la ligne était exploitée par le département: B D R. Mais, ce train avait un autre nom: "Batignolles" Je crois que c'est la compagnie des " Batignolles" qui avait exploité la ligne avant que celle-ci ne devienne régie départementale, à moins, c'est une autre version, que ce soit le nom du siège de construction des locomotives en région parisienne, ou peut-être les deux raisons. La ligne coupant la route du cimetière, il y avait des barrières à l 'origine....elles furent un jour supprimées et le passage à niveau fut signalé "non gardé'' De part et d'autre un panneau triangulaire avec une locomotive et son panache de fumée indiquait cette nouvelle disposition. Mais déjà le souci de rentabilité hantait I 'esprit des gestionnaires si bien qu'en 1932 le service voyageurs fut supprimé et ce fut la Société Cheroute de Cavaillon qui assura le service avec un car dans chaque sens le matin et le soir. Qui se souvient du sympathique et énorme Mandine? En 1938 une crise secouant I' Europe, certaines catégories de réservistes avaient été appelées. Ces cars rouges me rappelleront toujours un souvenir qui m'avait ému: Au Puy un seul appelé : Véran PAULET. La fête de la Saint Michel battait son plein, le bal aussi, Véran devait prendre le car du soir, vers cinq heures; à ce moment là dans un élan difficile à imaginer la salle des fêtes s'est vidée d'un seul coup. Tout le monde avait voulu accompagner Véran-Je le vois encore avec son baluchon sous le bras monter dans le véhicule par la porte arrière-II restait le train de marchandises qui avait acquis une réputation de lenteur. Peut-être musardait-il un peu en chemin? Mon père racontait une histoire datant de l' époque où il y avait encore un garde-barrières au passage à niveau de Vauclaire. Le train avait beaucoup de retard et le brave préposé s'inquiétait. Avisant un chemineau, un trimard, qui arrivait sur la route, il I 'interpella en ces termes: " Digas me brave ome, aurias pas despassa lou trin en venènt? ". (Dites donc brave homme, vous n'auriez pas dépassé le train en venant?) A l' époque il y avait toujours un peu de poésie, souvenez-vous.... " Un p'tit train s'en va dans la campagne" " Un p'tit train s'en va de bon matin..."