LA SALLUVIENNE
Recenser, sauvegarder et communiquer sur le patrimoine de notre village
La Villa Gallo Romaine de Régine
L'établissement antique du quartier Régine a été fouillé entre 1998 et 2001 à la suite d'un projet de lotissement. Cette villa rurale montre une évolution continue du Ier au IVe siècle, matérialisée par l'imbrication de constructions successives et la diversité des techniques agricoles mises en évidence sur les 4500m2 de bâtiments étudiés. Les méthodes de pressurage, en particulier, sont observables au travers des transformations des infrastructures et des contrepoids. Après une réorganisation totale de l'établissement, l'abandon du site semble intervenir dans la seconde moitié du lVesiècle, témoignant ainsi d'une profonde mutation des modes d'exploitation des terres. La plupart des sols ayant été préservés, un abondant matériel archéologique a pu être étudié, tant au niveau de la céramique que de la faune et du monnayage.


Reconstitution de la Villa Régine
Le Premier établissement:
Le premier établissement repéré dans l'emprise fouillée se présente sous la forme d'une juxtaposition de quatre ensembles de constructions disjoints occupant une superficie minimale de 1 800 m2. Trois de ces bâtiments s'organisent autour d'un espace de cour de 18 m sur 13 m. Le quatrième élément, très lacunaire, se trouve plus à l'ouest. Ces vestiges sont orientés suivant deux axes différents. Au nord et à l'ouest, deux des ensembles suivent une orientation à NL 22°est tandis qu'au centre et à l'est, deux autres ensembles sont orientés à NL 28 ° est . L'établissement comporte alors un fouloir, avec des pièces contiguës, ainsi qu'un bâtiment plus vaste situé au nord et un autre incomplet à l'ouest. Un épais massif de maçonnerie mesurant 3,50m x 2m est aménagé contre un très gros monolithe de calcaire brut dont la fonction n'est pas déterminée. Les aménagements contemporains se limitent à des fosses contenant un matériel archéologique abondant, au sein duquel de nombreux fragments d'amphore gauloise de type Dressel 2/4 et quelques tessons de sigillée sud-gauloise appartenant à des coupes Drag 37 ; ils permettent de dater ces comblements de la seconde moitié du Iers. ap. J.-C.
Construction du premier pressoir et du chai (état 2)
Au cours de la deuxième phase de l'établissement, sont aménagés des équipements caractéristiques d'une exploitation viticole : pressoirs et chai à dolia. Ces aménagements sont abrités dans un bâtiment à plan en U, situé au sud des constructions initiales, conservées pour la plupart. Un second bâtiment prend place au nord-ouest du premier au détriment de ceux installés antérieurement à cet endroit.
Ce second édifice n'est que très partiellement abordé par la fouille car situé sous une parcelle déjà bâtie. La cour primitive est étendue vers le sud. Ce nouvel espace, est bordé d'une galerie périphérique reliant les deux nouveaux bâtiments. L'orientation de ces constructions est de NL 30° est et l'ensemble de l'exploitation couvre désormais 2500 m2 .
Le bâtiment en U totalise une surface de 450 m2. Il abrite un double pressoir et ses dépendances ainsi qu'un vaste chai contenant environ 80 dolia. Entre le pignon nord-ouest de l'aile des pressoirs et le bâtiment, un passage permet l'accès à la cour .
La construction d'une installation de pressurage performante a dû entraîner la désaffectation du fouloir et son réaménagement qui est pratiquement réduit de moitié à cette occasion. Il est transformé en atelier ou en cuisine par la construction d'un foyer surélevé. Son activité est illustrée par le dépôt dans la pièce d'épais niveaux cendreux riches en matériel. Le nouveau pressoir est équipé de contrepoids à cabestan. Ces volumineux blocs seront ensuite débités et réemployés en divers endroits.
Construction du second pressoir et de nouvelles dépendances (état 3)
La troisième phase se caractérise par l'extension du bâti vers l'ouest. Le bâtiment vinicole est flanqué à l'ouest d'un pavillon d'entrée abritant des espaces et d'un portail charretier. Un troisième bâtiment de grandes dimensions s'installe parallèlement au second, plus à l'ouest, à la limite du chantier, échappant de ce fait encore davantage à l'observation. Des constructions antérieures sont conservées les pièces orientales et les tronçons de murs situés à l'intérieur des nouveaux bâtiments. Les premiers pressoirs sont modifiés et un nouveau dispositif de pressurage est mis en place dans le bâtiment nord-ouest, dans l'espace I. Les espaces extérieurs s'organisent en deux cours. La cour fermée par le chai, demeure inchangée. La cour placée à l'entrée de l'établissement commande l'accès à la précédente et aux nouveaux bâtiments occidentaux. La superficie occupée atteint à présent au moins 3 600 m2. Le nouvel équipement de pressurage étant hors des limites du périmètre exploré, les caractéristiques de la machinerie demeurent inconnues. Le chai qui devait logiquement permettre le stockage de la production de ce nouveau pressoir n'a pas été retrouvé et ne peut se situer que dans la parcelle voisine non fouillée.
Ce nouvel accroissement de la capacité de production a pu correspondre à un changement des contrepoids de l'ensemble des pressoirs, passant du système du cabestan à celui à vis, tel qu'il était encore en usage dans le premier pressoir lors de l'abandon, mais rien ne permet de dater avec précision ce changement de technologie. Sur la périphérie des deux cours sont édifiés différents espaces. Ils ont en commun un type de construction mettant en œuvre des moellons grossièrement taillés et liés au mortier de chaux de consistance sableuse et de couleur jaune, réunis en assises assez régulières. Les piédroits de porte et les chaînages d'angles sont débités dans du calcaire tendre et les murs sont épais de 0,50 m à 0,60 m de large sans ressaut de fondation.
Extension vers le Nord et développement de la pars urbana (état 4)
La quatrième phase d'extension de l'établissement se matérialise par une réduction de la largeur du bâtiment nord-ouest, mais surtout par des constructions au nord des bâtiments d'exploitation. Les nouveaux corps de bâtiment, au nord, accueillent vraisemblablement la pars urbana mais aussi des locaux à vocation domestique ou artisanale. Cette partie de l'habitat, plus arasée que la pars rustica, a livré moins d'informations, d'une part en raison de la disparition de la plupart des niveaux de sol et, d'autre part, en raison des conditions d'intervention limitées à des sondages et à des observations en cours de travaux du lotissement pour la partie thermale. La zone résidentielle se développe à partir du mur nord d'un bâtiment et épouse les contours du bâtiment nord-ouest hérité de la période antérieure. Elle comporte une aile nord-sud le long du talweg et, vraisemblablement, une aile est-ouest amorcée par des pièces thermales. Ces deux ailes, bordées par une galerie, encadrent un espace de cour dans laquelle un bassin à fond dallé prend place. L'orientation adoptée par cette partie résidentielle est de NL 22 ° Est. L'établissement recèle à présent les principales caractéristiques de la villa (juxtaposition de parties agricoles et résidentielles dont les pièces thermales, éléments de décor raffinés) et occupe une superficie de 5 700 m2 au moins.
Aucun mur antérieur n'a été observé dans ce secteur. Si une pars urbana correspondant aux premières phases de développement de la villa a existé, elle ne pouvait se trouver que dans les parcelles non fouillées. En dehors de quelques modifications de détails, la villa a alors atteint sa configuration définitive telle qu'elle sera au moment de l'abandon qui peut être situé dans la première moitié du IIIe s. ap. J.-C. Au-delà, on constate un hiatus dans la chronologie. Aucune découverte monétaire ne vient attester l'occupation jusqu'à la fin du IIIe s.
La réoccupation d'une partie des bâtiments au IVe s. (état 5)
Après une période d'abandon du site et sa destruction partielle6, une réoccupation a été mise en évidence dans une partie restreinte des bâtiments. L'aile est du chai est cloisonnée et un espace est crée grâce à l'édification du mur MR 607 composé de matériaux de récupération. Ces derniers, en calcaire tendre, proviennent à l'évidence des montants de portes et des chaînages d'angles du bâti environnant qui devait à ce moment être en partie en ruine. Le réemploi de ces éléments a pu être simplement occasionnel, afin de construire la cloison, ou bien être issu d'une récupération systématique des élévations de la villa. L'aménagement de l'espace se réduit au foyer et à deux dolia en place dans l'angle nord-est. Les autres fosses ont été à ce moment soigneusement rebouchées et comblées d'éléments de démolition dont un fragment de colonne décorative ainsi que de nombreux fragments de marbre; deux fosses ont servi de dépotoir. Deux «dépôts de fondation» permettent de dater l'installation. Ils sont composés de monnaies contenues dans des urnes en commune grise. Une de ces monnaies, attribuée à Maxence, donne la date de 307 comme terminus post quem. Le sol d'occupation a livré quant à lui, une vingtaine de monnaies pour la plupart à l'effigie des fils de Constantin (Constant ou Constantin II), qui datent l'occupation de la première moitié du IVe s. ap. J.-C. Outre ces monnaies, cet espace a livré de la céramique commune grise, 2 bagues, des éléments décoratifs en bronze et une perle en pâte de verre en forme de cœur, l'ensemble donnant un caractère tout particulier à cet espace qui n'a plus rien à voir avec sa vocation première de chai. On ne retrouve nulle part ailleurs sur l'emprise de la fouille un sol d'occupation avec un matériel similaire. En revanche, il est présent dans le comblement des fosses de spoliation de dolia du chai, ce qui indique de façon certaine une récupération tardive de ces éléments. À partir du milieu du IVe s., le site semble définitivement abandonné.
Source:http://www.persee.fr/doc/ran_0557-7705_2007_num_40_1_1183 fouilles menées par Philippe Chapon, Inrap.